Escape Map, Bridget Sheridan

Ce foulard en soie m’a accompagné pendant mes 4 jours de marche sur les pas des résistants, des évadés de France, des juifs et d’autres personnes fuyant le nazisme.

L’écriture est celle de Jean Souque, évadé de France, un témoignage qui m’a accompagné à travers les montagnes.

Les images sont des photographies-reliques que Paul Broué, un ancien évadé de 90 ans m’a confiées. On y voit les granges où se cachaient les fuyants, les jeunes évadés, les résistants, la mère de Paul Broué avec son vélo – la femme et le vélo ont tous les deux fait partie du réseau de résistance de Seix.

L’écriture et les images sont légères et transparentes, comme si elles s’apprêtaient à disparaître. Pourtant elles survivent. Elles m’accompagnent à travers ce chemin de mémoire.

Chaque jour j’ai cousu mon parcours grâce à un fil rouge. Le fil chemine à travers le foulard reliant images et écritures. Le fil qui circule sur le réseau: celui des chemins qui parcourent la montagne, des traces de pas de nos aïeuls. Chaque boucle de mon mon fil rouge ressemble aux pas de notre marche vers la liberté.

Kerfany Walk

Kerfany Walk est un leporello avec 9 photographies noir et blanc et un texte. Le leporello a été conçu suite à une randonnée sur le sentier côtier breton entre Le Port de Belon et Kerfany-les-Pins. Sur ce chemin j’ai traversé un lieu de mémoire de la seconde guerre mondiale où les corps de plusieurs résistants et un aviateur britannique furent jetés dans des fosses après avoir été abattus sur ce même sol. J’ai interrogé la terre et les fosses désormais ouvertes avec l’objectif de mon appareil. Les corps ont été transférés dans leurs cimetières respectifs, mais quelque chose perdure dans le sol, comme si leur âme avait envahi le sol, les racines et la nature environnante.

Plus loin, mes enfants s’assoient sur un banc en pierre, aussi froid que la stèle du mémorial érigé en souvenir des hommes morts pour la liberté. Je les photographie de dos, ils regardent l’horizon – une notion importante dans mon travail – un horizon qui s’éloigna de ces lieux de désespoir pendant l’occupation.

En descendant de la falaise ce sont les vestiges du mur de l’Atlantique que je croise. Ce mur scie l’espace en deux – la plage et le parc se trouvent chacun d’un côté du mur – deux espaces de liberté qui profitent désormais de ce mur qui prend une toute autre dimension. Les baigneurs s’adossent au mur. Une petite fille le traverse en gardant l’équilibre entre passé et présent.

L’écriture traverse le leporello, les images. Les mots, ce sont le rythme de mes pas, les impressions, aussi, que la photographie n’a pas retenues. L’écriture chemine à travers les pages tout comme le chemin traverse le paysage.

Le Chemin de la Liberté

Je pensais connaître la montagne. Je pensais savoir à quoi elle ressemblait véritablement. Après plusieurs randonnées, je pensais avoir fait l’expérience de la Haute Montagne. Mais il n’en était rien de tout cela. Il faut vivre la montagne. Il faut partir de chez soi, traverser les petits chemins de campagne, parcourir les flancs des collines, marcher vers les  premiers cols, affronter les premières vallées, s’immiscer dans les fougères et dans les sous-bois, franchir les ruisseaux qui proviennent de la fonte des neiges, suivre les sillons que les pas de nos prédécesseurs ont creusé à travers les pâturages de Haute Montagne, grimper aux rochers qui se sont accumulés au pied des cimes. Il faut franchir col après col les montagnes qui s’étalent à perte de vue. Il faut affronter la pluie, les averses, les orages, le tonnerre et la foudre. Il faut affronter la chaleur humide qui s’abat sur soi et il faut affronter le froid glacé des névés. Il faut faire face à la fatigue physique et la fatigue mentale qui s’emparent de son corps et de son esprit lorsque la durée de la marche atteint son paroxysme.

Le Chemin de la Liberté fut l’occasion de suivre les pas des évadés de France. Ils furent constamment dans mon esprit. Ils m’ont aidé à gravir cette barrière rocheuse que je vois au quotidien mais dont je ne connaissais point sa véritable puissance. Je suis revenue depuis quelques jours, mais quelle « redescente »!!!! Je ferme mes yeux et je vois les rochers, l’eau, la neige et le ciel. Les fantômes de la montagne sont encore présents dans mon esprit. Je les ai cherchés. J’ai creusé les sols que j’ai foulés à l’aide de mon appareil photo. J’ai cherché Paul, ancien évadé. J’ai cherché Jean, ancien évadé. J’ai cherché la famille Barau, famille de résistants et de passeurs. …et bien d’autres… Silence de la montagne. Silence de l’absence. Et pourtant, je n’ai pu regarder un seul rocher sans y voir Jean, assis. Je n’ai pu regarder aucune étendue de fougères sans y deviner la présence d’un de ces hommes tapis sous la verdure, attendant que les allemands tracent leur route. Je n’ai pu marcher sur aucun chemin sans entendre les pas de Paul et sa voix qui résonne encore dans mes oreilles.

Mal chaussés, mal habillés, mal nourris, souvent cachés depuis plusieurs jours dans une grange, attendant l’heure de leur passage, ils ont affronté ces montagnes en l’espace d’une ou deux nuits. Allez donc affronter les sommets et les cols qui nous séparent de nos amis espagnols. Vous y trouverez la présence de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui ont parcouru le réseau de chemins qui tapisse les Pyrénées. Ils vous raconteront leur passage vers la Liberté. Leur souffle emplit encore l’air. Leurs paroles coulent encore dans les ruisseaux. Et leurs pas résonnent encore sur le sol. Le paysage des Pyrénées est désormais empreint de leur mémoire.

Silk Scarf – Bridget Sheridan

Silk Scarf - Bridget Sheridan silk-scarf-white-copie-copie-300x300

Du 11 au 14 juillet 2013 j’emprunterai le Chemin de la liberté à travers les montagnes ariègeoises jusqu’en Espagne. Je suivrai les pas des évadés de France et des nombreux passeurs qui risquèrent leur vie pour la liberté. J’emporterai avec moi ce foulard en soie qui fait référence aux foulards en soie des aviateurs britanniques sur lesquels étaient imprimés la carte de France et des passages pyrénéens. Mon foulard est une carte mentale, sur laquelle est imprimé les visages de passeurs et d’évadés, les lieux de refuge, la mère d’un évadé et son vélo qui servait au mouvement de la résistance. L’écriture qui chemine à travers ces images est le témoignage manuscrit d’un ancien évadé qui raconte son périple à travers la barrière de roche et de glace des Pyrénées.

En portant ce foulard je réactiverai cette mémoire et ces paroles. Il existe dans de nombreuses communautés une tradition qui consiste à lire le paysage à travers les histoires ou les chants des anciens. C’est une tradition qui se fonde sur la mémoire. Je m’inspire de cette tradition ici avec cette carte sur laquelle je coudrai chaque jour de mon passage le tracé de ma marche à l’aide d’un fil rouge. Ce fil rouge viendra relier les les éléments disparates de notre mémoire collective.

Le mur des inscriptions – Bridget Sheridan

 

Inscriptions romaines et graffitis au Jardins de la Fontaine, Nîmes.

Lieux anachroniques

Lieux anachroniques dans Aperçus beacon-terrace-267x300  071-300x200 dans Aperçus

Trente ans plus tard ils attendent devant le portail d’une maison qui n’est plus la leur.

La série « Lieux anachroniques » témoigne de cette béance qui s’ouvre entre notre enfance et nous lorsque nous retournons sur nos pas, dans des lieux que nous habités et que nous habitant toujours. Par conséquence nous les habitons toujours. « Lieux anachroniques » est une série de 7 diptyques qui juxtaposent une photographie argentique prise par mon père et une photographie numérique prise par moi-même.

Teddy’s Life

Teddy's Life dans Aperçus 005-copie5-300x199

Un travail plus ancien sur les reliques de l’enfance et le gouffre qui s’installe entre l’objet et son passé. Ce diptyque en rejoint d’autres dans cet album dédié au passé de « Teddy ». Une histoire universelle qui touche à chaque enfant qui sommeille en nous.

Le Castel d’Amour

Chacun de mes pas remonte jusqu’au 17ème siècle quand les massadels se révoltent contre le Seigneur du château de Lirbat. Abus, droits de cuissage, le massacre s’en suit. 100 pas pour 100 ans. Le rythme de la marche rythme notre mémoire. Je suis devenue chiffonière: je ramasse les débris de notre passé, les bribes d’une mémoire collective qui s’émiette de jour en jour.

Ici ce sont trois photographies extraites de la série. J’ai utilisé un film inversible. J’ai ensuite scanné les diapositives. Cette série s’accompagne d’un texte constitué de mots glanés sur le net à propos du Castel d’Amour, une sorte d’archivage, de collection qui reconstitue une histoire « collectée », collective.

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